Affaire Carlos Ghosn : chronique d'une chute annoncée

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publication du 28/11/2018

Alors que le conseil d’administration de Nissan vient de voter la révocation de Carlos Ghosn, patron emblématique du numéro un mondial de l’automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, suite à son incarcération pour malversations financières, Xavier Hollandts, enseignant-chercheur à KEDGE et spécialiste de la gouvernance des entreprises, propose son analyse sur les raisons attendues d’une telle chute.

Selon Xavier Hollandts, la chute du PDG de Renault s’explique : « La puissance du groupe automobile Renault- Nissan-Mitsubishi Motors s’est construite sur une alliance à trois constructeurs qui est complexe à décrypter ». Il poursuit : « L’Etat, qui détient 15% du capital du groupe, fait fonction de contre-pouvoir idéal puisqu'il n’a jamais joué son rôle et n’a jamais réussi à peser sur les choix de Renault. Plusieurs exemples l’ont montré, notamment la polémique en 2010 sur la délocalisation de la production de la Renault Clio en Turquie, des moteurs en Roumanie ou encore le basculement progressif de la production française vers le site de Tanger au Maroc. »

Xavier Hollandts indique : « Carlos Ghosn est un dirigeant qui s'est servi de Renault pour bâtir sa propre légende » et déclare que sa situation actuelle pouvait être prévisible « sa rémunération totale en témoigne et a régulièrement fait l’objet de vives critiques ». Selon le professeur de KEDGE, au-delà des montants élevés, il s’agissait déjà d’un signe d’une mauvaise gouvernance : « Ce PDG est décrit par tous comme un autocrate, qui organise l’absence de contre-pouvoirs dans son conseil. Déjà en 2015, l’assemblée générale des actionnaires, censée tenir un rôle central dans la gouvernance en sanctionnant les comportements inappropriés des dirigeants, s’était inutilement prononcée contre la rémunération du PDG de Renault-Nissan pour un montant de 7.2 M€ puisque le conseil d’administration était passé outre ce vote. »

En ce qui concerne la sortie de crise, Xavier Hollandts fait ressortir l’arrivée rapide du numéro deux du groupe Renault, Thierry Bolloré, qui assure la direction par intérim de l’entreprise, signe « d’une gouvernance qui a pris la mesure de la crise et qui ne se résume plus uniquement à un PDG présent partout ».

Et Xavier Hollandts de conclure :

Un renouvellement du conseil semble inévitable car les mêmes personnes qui ont fermés les yeux sur les actes du PDG auparavant ne peuvent pas être les administrateurs d’une gouvernance nouvelle.

Xavier Hollandts est à votre disposition pour toute demande d'interview ou reportage sur ce sujet d'actualité.