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Les impacts du coronavirus sur la chaîne d'approvisionnement mondiale

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publication du 19 / 03 / 2020

Depuis la fin de 2019, la Chine connaît un nouveau coronavirus qui fait trembler le pays. Un virus qui au début du mois de mars 2020 avait déjà contaminé au moins 120 000 personnes et fait plus de 4 300 morts. Ce bilan très lourd a largement dépassé celui du SRAS qui a tué 774 personnes en 2002-2003 selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Les pays le plus touchés après la Chine sont l’Italie, l’Iran et la Corée du Sud.

Pour faire face à l’épidémie, des mesures sanitaires ont été prises par Pékin et par d’autres pays. L’impact à long terme sur l’économie mondiale est difficile à prévoir et dépendra notamment du rythme de propagation du virus et des avancées médicales dans son traitement. Cependant, des effets sur le développement économique de la Chine et la perturbation de la chaîne d'approvisionnement mondiale sont visibles sur le court terme.

La Chine est connue pour être l’atelier du monde, son poids économique au niveau du mondial est de plus en plus important. En 2003, durant l’épidémie du SRAS, le PIB chinois représentait 9% de l’économie mondiale. Aujourd’hui, il est passé à environ 20% et fait de la Chine est un acteur incontournable du commerce international. Selon l'Organisation Mondiale du Commerce, la valeur des exportations mondiales chinoises était d'environ 2 263,33 milliards de US dollars en 2017. Même si les Etats-Unis, l’Union européenne et l’ASEAN sont ses principaux partenaires commerciaux, elle a des liens étroits et des échanges fréquents avec le reste du monde.

L’atelier du monde importe des quantités importantes des matières premières et les transforme par la suite en produit final afin de les exporter dans le monde entier.

Depuis le début de cette année, les inquiétudes sur la demande chinoise liée à l'épidémie du coronavirus ont fait plonger les cours du pétrole, du cuivre et de l’acier. Le coronavirus a également réduit les transports maritimes et le Baltic Dry Index a plongé à son plus bas niveau depuis 2016. Pour un certain nombre d'économies africaines comme le Nigeria, l’Érythrée, l’Angola et la République Démocratique du Congo, qui dépendent fortement de l’exportation de leurs ressources naturelles, cela pourrait avoir un impact significatif car l'épidémie réduit considérablement la demande de la Chine qui est le principal acheteur du continent.

L’empire du milieu est aussi le plus grand exportateur mondial de composants électriques et électroniques avec 30% du total des exportations mondiales.

Des entreprises comme Apple et Samsung ont prononcé leurs inquiétudes pour leurs chaînes d'approvisionnement car plupart de leurs composants sont fabriqués en Chine. Apple a déclaré qu'elle avait supposé que le travail reviendrait à la normale en Chine après les vacances du nouvel an (qui se sont terminées le 10 février). Néanmoins, elle a réalisé que le retour à des conditions normales serait plus lent que prévu. De plus, les stocks dans la chaîne d'approvisionnement des smartphones sont généralement faibles. Selon Apple, l’approvisionnement mondial de l'iPhone sera donc temporairement limité en raison du ralentissement de sa fabrication. Quant à Samsung, près des deux tiers de ses téléphones portables sont assemblés dans des usines des provinces de Bắc Ninh et de Thái Nguyên au Vietnam qui sont proches géographiquement de la frontière de la sino-vietnamienne. Cependant, grand nombre des pièces sont produites en Chine. Etant donné que le coronavirus limite le transport terrestre entre ces deux pays, Samsung a augmenté les expéditions aériennes et maritimes de ses pièces de fabrication chinoise vers le Vietnam, en réponse à la perturbation généralisée dans la chaîne d'approvisionnement.

Un autre secteur qui est touché par le coronavirus est l’industrie automobile.

La Chine est un fournisseur important dans le marché des pièces détaches automobiles. En raison des interruptions dans la chaîne d’approvisionnement, certaines usines automobiles hors de Chine commencent à stopper leurs activités. L’entreprise Jaguar Land Rover a par exemple pris des mesures comme assurer le transport de ses pièces clés dans des valises par avion de la Chine vers le Royaume-Uni afin d’empêcher la fermeture de ses usines dans le comté de Midlands de l'Ouest qui se situe au centre de l'Angleterre. Fiat, Hyundai, Peugeot, Nissan et Renault sont également touchées à des degrés divers dans leur production hors de Chine pour les mêmes raisons. La plus grande difficulté pour ces entreprises est de faire sortir des composants de Chine et d’alimenter leurs fabrications par la suite.

La Chine est également productrice de nombreux produits pharmaceutiques dans le monde.

Elle est l’un des plus importants fournisseurs d’ingrédients pharmaceutiques actifs pour l'industrie générique. Elle fournit des ingrédients essentiels pour les médicaments antibiotiques et analgésiques. L’Inde, un des premiers exportateurs de médicaments génériques au monde, a affirmé qu’une grande partie de ses matières premières dépendent de la Chine. Par conséquent, les pénuries causées par les fermetures prolongées d'usines en Chine feront augmenter le coût de fabrication des médicaments. Le coronavirus a d’ores et déjà provoqué une hausse des prix des ingrédients médicamenteux en Inde. En France, les médicaments les plus consommés par les français tels que le paracétamol et la pénicilline sont majoritairement fabriqués en Chine. Selon le Ministère de la Santé, la France possède un stock permettant d’assurer un approvisionnement durant une année. Toutefois, la maîtrise de la fabrication des matières premières à usage pharmaceutique est devenue un enjeu stratégique national. Que ferait-on en cas de rupture de l'approvisionnement sur une longue durée ?

La mondialisation économique et la mondialisation de la chaîne d'approvisionnement ont augmenté l’impact de cette épidémie. Le coronavirus a déclenché un effet domino pour les entreprises qui se situent sur la même chaîne de production. L’interruption du commerce des produits intermédiaires en provenance de Chine peut affecter la continuité de l'ensemble des processus de production d’autres pays du monde. Dans l’hypothèse où l'épidémie n'aurait qu'un choc à court terme, la diversification des fournisseurs ou les relocalisations des multinationales ne seraient pas nécessaires car la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales est complexe et difficile à réaliser à court terme, notamment pour l’industrie lourde. Cela demande beaucoup de temps et de ressources financières et humaines.

Par rapport aux autres pays en voie de développement, la Chine possède toujours les infrastructures les plus complètes qui lui permettent de maintenir sa compétitivité, que ce soit au niveau des réseaux routier et ferroviaire, des voies navigables ou encore des infrastructures portuaires et des aéroports.

Cependant, si l'impact de l'épidémie sur la production dure plus longtemps, les multinationales envisageront probablement de diversifier davantage leurs chaînes d'approvisionnement mondiales pour diminuer les risques. Cela sera notamment le cas des industries avec des chaînes d'approvisionnement courtes ou des industries qui demandent des installations de soutien moins exigeantes.

 

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