Héritage Edgar Morin : pourquoi les sciences sociales lui doivent une méthode, pas une doctrine

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publication du 18/09/2026

Éric Pichet, professeur à KEDGE Business School et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, signe dans The Conversation une analyse de l'héritage épistémologique d'Edgar Morin, disparu le 29 mai 2026 à quelques semaines de son 105e anniversaire. Derrière ce portrait d'un intellectuel inclassable se joue une question fondamentale pour les sciences sociales : que faire de la pensée complexe, aujourd'hui que son auteur n'est plus ?

Quand un spécialiste de la finance interroge l'épistémologie

Ce qui frappe d'emblée dans cette tribune, c'est le profil de celui qui la signe. Éric Pichet est reconnu pour ses travaux sur la politique monétaire, la fiscalité et le gouvernement d'entreprise. Ses nombreuses contributions dans The Conversation portent habituellement sur l’indépendance des banques centrales, les niches fiscales, les crises financières ou la dette souveraine.

Choisir de consacrer une analyse au legs d'Edgar Morin aux sciences sociales n'est donc pas un geste anodin. C'est celui d'un chercheur titulaire d'une HDR en sciences de gestion et auteur d'un guide méthodologique destiné aux docteurs en sciences sociales L’Aventure de la thèse et d’un guide méthodologique unique en son genre à destination des candidats HDR L’Art de l’HDR, un chercheur qui connaît de l'intérieur les tensions entre spécialisation disciplinaire et ambition de compréhension globale.

Ce que la pensée complexe a changé aux sciences sociales

Éric Pichet identifie dans son article plusieurs apports structurants de Morin aux sciences humaines et sociales.

Le premier tient à son refus du cloisonnement disciplinaire. Là où les universités organisent les savoirs en disciplines étanches, Edgar Morin a promu une transdisciplinarité véritable. Non pas une simple juxtaposition de regards, mais la construction d'un cadre commun permettant de relier les disciplines sans effacer leurs spécificités. La pandémie de Covid-19, mobilisant simultanément médecine, économie, droit et psychologie, en constitue une illustration contemporaine saisissante.

Le deuxième apport tient à ce que l’auteur nomme une révolution épistémologique, portée par La Méthode en six volumes. Edgar Morin n'y rejette pas la démarche analytique héritée de Descartes, mais montre qu'elle atteint ses limites face aux réalités humaines et sociales, qui sont des systèmes vivants d'interdépendances, de rétroactions et d'émergences, et non des mécanismes que l'on démonte pièce par pièce. Il lui substitue une logique de la relation, fondée sur quatre principes : hologrammatique, systémique, dialogique et récursif.

L'article ne se contente pas d'un hommage. Eric Pichet identifie aussi deux limites réelles de l'œuvre du sociologue du présent  : les critiques méthodologiques formulées par Bourdieu et Passeron, qui lui reprochaient une sociologie davantage suggestive que démonstrative, et la place modeste accordée aux déterminants économiques dans l'analyse du changement social.

Une expertise au service du débat intellectuel

Éric Pichet démontre qu'un chercheur en sciences de gestion doit s'emparer des grandes questions épistémologiques qui traversent toutes les disciplines. Recueillir l’héritage d’Edgar Morin même sous bénéfice d’inventaire, c'est aussi mieux appréhender les grands défis contemporains : le changement climatique, l'intelligence artificielle, les crises systémiques, tous phénomènes que la pensée complexe invite à relier plutôt qu'à juxtaposer.

Pour découvrir l'analyse complète d'Éric Pichet sur l'héritage épistémologique et méthodologique d'Edgar Morin aux sciences sociales : 

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