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Ce que le coronavirus nous enseigne de la gestion de crise d’Emmanuel Macron

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publication du 14 / 04 / 2020

La situation inédite engendrée par le coronavirus permet de reparler et de mettre en perspective ce que l’on appelle la communication de crise.
Le Président Macron semble avoir finalement pris la mesure de la gravité des événements en faisant une allocution officielle le jeudi 12 mars.

Samedi soir, le ton est monté d’un cran supplémentaire. Un cap a été passé, avec la mise en place de mesures plus radicales. Le premier ministre Edouard Philippe a demandé la fermeture des lieux « non indispensables à la vie du pays » et la France est entrée en stade 3 de l’épidémie.

Pourtant, dans le même temps, les débits de tabac ont été autorisés à rester ouverts et le premier tour des élections municipales a été maintenu.

Des inconsistances qui ont fait l'objet de vives critiques de la part de certains experts, qui ont estimé que la tenue du scrutin était purement «politique»

Mais ce moment nous offre une occasion pour revenir sur les errements et les obstacles de cette gestion de crise.

La juste dose

Bien sûr, il faut rassurer en gestion de crise, mais il faut aussi prendre des décisions. Les écoles, les crèches, les universités sont fermées, les retraités-médecins sont convoqués, les lieux non essentiels sont fermés.

Le maintien du premier tour des élections municipales pointe toutefois la difficulté de la cohérence du discours d’Emmanuel Macron face à une situation qui évolue. « Il est urgent de protéger les plus vulnérables, de freiner l’épidémie ; mais on peut aller voter », tel est le message.

La crise, c’est de la complexité à gérer, tant de nombreuses parties prenantes sont concernées. Il est surtout complexe de trouver la juste dose d’actions, de paroles, d’anticipations.

Une dose presque impossible à atteindre tant il est délicat de tenir tout en même temps : l’économie, la liberté de chacun dans un pays démocratique, le politique en temps d’élections et le sanitaire bien sûr. Ce dosage constitue le cœur du défi de la gestion de crise, et de celle ci en particulier. On est face à un équilibre périlleux à trouver.

On peut d’ailleurs estimer que le ton le plus juste a seulement été trouvé ce jeudi dernier. On constate en effet pour la première fois un changement d’attitude de la part du président Macron qui affirme la santé comme une priorité : « Santé first ». Et la tendance se poursuivra samedi avec l’intervention d’Edouard Philippe, qui prend lui des décisions lourdes de conséquences pour le quotidien des Français.

Défenseur de la « start-up » nation à tout prix, face à une crise qui s’aggrave, Emmanuel Macron semble désormais être revenu aux notions d’État providence, à l’exercice régalien de sa tâche, en évoquant la solidarité, la nation, et la santé avant tout. Tout cela avant l’économie…

Ce « revirement » est bien sûr un révélateur ; celui des limites politiques d’une start-up nation et avec elle des difficultés du « new public management » face à la crise.

In fine, l’État providence – et c’est Macron lui même qui le convoque dans son discours – parait être l’élément le plus fort et adapté pour répondre à une telle urgence sanitaire. Est-ce que ce tournant sera maintenu ? L’avenir nous le dira.

Des enjeux parfois contradictoires

Une crise se gère et les moyens de cette gestion sont classiques. Mais, les obstacles y sont nombreux et les erreurs sont rarement évitées.

La crise sanitaire du Covid-19 que nous vivons et qui a été qualifiée de pandémique par l’OMS, constitue un phénomène anxiogène lié à un contexte inédit et à l’incertitude concernant l’évolution de la situation : incertitude sur le taux de létalité, sur la chaîne de transmission de l’épidémie, sur la rapidité de l’évolution de l’épidémie, mais également incertitude sur les impacts économiques et financiers de cette crise. Et face à l’inédit, l’individu devient irrationnel.

Il s’agit donc de gérer calmement une situation incertaine et complexe… en évitant justement l’hystérisation, la dérive, le débordement d’anticiper, de ne pas affoler. Le président dans son allocution a peut-être à la fois rassuré, rationalisé et en même temps certainement affolé, comme l’assaut des consommateurs sur les supermarchés en témoigne !

D’un autre côté, compte tenu des enjeux sanitaires, économiques et politiques, l’objectif de toute communication de crise est de mettre en évidence et d’expliquer l’efficacité et la pertinence des actions et décisions choisies pour gérer le problème. Ainsi la stratégie de communication consiste à informer sur la situation, et à préserver toute crédibilité dans la gestion de cette crise.

Pour cela, l’exécutif doit prendre en considération les attentes, les besoins et perceptions différentes parfois contradictoires de la part de la population, des acteurs impliqués et des médias.

Jeudi 12 mars, le président Macron jouait gros, il ne fallait pas être le Jupiter brutal et arrogant du passé. Il fallait lâcher l’ironie, la plaisanterie douteuse, la brutalité à l’égard des chômeurs, des gilets jaunes.

Il fallait être le dirigeant d’une nation, pas n’importe laquelle, de la Nation France au sein d’un bloc européen. Il a su lâcher – en tout cas pour un instant – le Macron « start-upeur » et a dû gérer la crise, dans un discours tentant de rattraper les errements précédents, sans (encore) parler de stade 3, annoncé finalement samedi soir…

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